Docteur Ronez Pourquoi je ne fais pas d’ordonnance sans consultation

Pourquoi je ne fais pas d’ordonnance sans consultation

De plus en plus de patients demandent une ordonnance “rapide” pour un traitement qu’ils jugent banal : antibiotique, anti-inflammatoire, renouvellement, somnifère, corticoïde, pilule, traitement pour une infection urinaire “comme d’habitude”, etc. Pourtant, en médecine, une ordonnance n’est jamais un simple papier administratif. Prescrire est un acte médical à part entière, qui engage la responsabilité du médecin et doit s’appuyer sur un diagnostic posé avec soin, des données médicales actualisées et une information claire donnée au patient.

Une ordonnance n’est pas un service automatique

Lorsqu’un médecin prescrit, il ne se contente pas d’écrire le nom d’un médicament. Il doit vérifier que le traitement est indiqué, adapté à la situation, utile, sûr, bien compris, et compatible avec l’état de santé global du patient. Le Code de déontologie impose d’ailleurs au médecin de limiter ses prescriptions à ce qui est nécessaire à la qualité, à la sécurité et à l’efficacité des soins.

1. Parce qu’un symptôme “banal” peut cacher autre chose

Une toux peut être virale, allergique, bactérienne, liée à un reflux, à un asthme ou à une pathologie plus sérieuse. Une douleur urinaire peut être une infection, mais aussi une IST, un calcul ou une autre cause grave. Un mal de dos “habituel” peut parfois relever d’un simple lumbago… ou d’un signal d’alerte engageant le pronostic vital. Le rôle du médecin est justement d’élaborer le diagnostic avec le temps nécessaire et les méthodes adaptées, pas de répondre à un symptôme par réflexe.

2. Parce qu’un médicament n’est jamais anodin

Même les traitements considérés comme “courants” peuvent provoquer des effets indésirables, des allergies, des contre-indications ou des interactions avec d’autres médicaments. L’ANSM rappelle que le risque d’interaction médicamenteuse existe et qu’il revient au médecin d’évaluer l’opportunité d’une association. Chez certaines personnes, notamment âgées ou fragiles, la prescription nécessite aussi de tenir compte de la fonction rénale, de l’état nutritionnel, du risque de chute et des autres traitements en cours.

3. Parce qu’il faut connaître votre situation réelle au moment de la demande

Entre deux épisodes semblables en apparence, beaucoup de choses peuvent avoir changé : grossesse, nouveau traitement, antécédent récent, allergie découverte, tension artérielle modifiée, perte de poids, insuffisance rénale, résultat biologique anormal, aggravation des symptômes. Prescrire sans réévaluer, c’est risquer de traiter “comme avant” une situation qui n’est plus la même. Des soins consciencieux et fondés sur les données acquises de la science supposent précisément cette réévaluation.

4. Parce qu’un bon traitement dépend aussi de l’examen et de l’échange

La consultation ne sert pas seulement à “avoir une ordonnance”. Elle permet de poser les bonnes questions, de rechercher des signes de gravité, d’examiner si nécessaire, d’expliquer les bénéfices, les risques, les alternatives, la durée du traitement et les signes qui doivent faire reconsulter. Le médecin a l’obligation d’informer le patient de façon loyale, claire et appropriée avant tout acte de soins ou de prévention.

5. Parce qu’une prescription engage juridiquement et déontologiquement le médecin

Prescrire “pour rendre service” sans évaluation sérieuse n’est pas une faveur : c’est une prise de risque pour le patient et une faute potentielle pour le prescripteur. Le médecin est responsable de ce qu’il prescrit. Il doit pouvoir justifier l’indication, la posologie, la durée, la surveillance et l’information donnée. En dehors de l’urgence ou du devoir d’humanité, le médecin peut refuser une demande de soins pour des raisons professionnelles, à condition d’assurer la continuité des soins.

En pratique, pourquoi je dis non

Quand je refuse de faire une ordonnance sans consultation, ce n’est pas par rigidité, ni pour compliquer la vie des patients. C’est pour bien soigner. Mon rôle n’est pas seulement de délivrer un document, mais de vérifier que le traitement est le bon, au bon moment, pour la bonne personne, avec les bonnes explications. C’est une exigence de sécurité, de qualité des soins et de responsabilité médicale.

Le message à retenir

Une ordonnance n’est jamais “banale”. Même lorsqu’un problème paraît simple, il mérite au minimum une évaluation médicale adaptée. Consulter avant de prescrire, c’est protéger le patient, éviter les erreurs, réduire les risques, et garantir une médecine sérieuse. C’est précisément cela, la bonne pratique.