Consulter uniquement lorsque l’on est malade revient un peu à attendre qu’un voyant rouge s’allume pour entretenir sa voiture. En santé aussi, certaines maladies peuvent évoluer pendant plusieurs années sans provoquer de symptôme.
La prévention permet d’agir avant l’apparition d’une maladie, de la détecter à un stade précoce ou d’éviter ses complications. Elle ne supprime jamais totalement le risque, mais elle peut considérablement le réduire.
Prévenir plutôt que subir la philosophie de notre cabinet
La prévention repose sur plusieurs types d’actions :
- réduire les risques par la vaccination, l’arrêt du tabac, l’activité physique ou une alimentation adaptée ;
- rechercher certaines maladies avant l’apparition des symptômes ;
- surveiller régulièrement la tension artérielle, le poids, la glycémie ou le cholestérol ;
- mieux contrôler une maladie déjà présente pour éviter ses complications.
Ces gestes peuvent paraître simples. Leur impact est pourtant considérable.
Près de 40 % des cancers pourraient être évités
Le cancer n’est pas toujours une fatalité liée au hasard ou à l’âge. L’Institut national du cancer estime que près de 40 % des cancers sont liés à des facteurs de risque évitables, notamment le tabac, l’alcool, une alimentation déséquilibrée, le manque d’activité physique et l’exposition excessive aux rayons ultraviolets.
Cela signifie que, sur dix cancers diagnostiqués, environ quatre pourraient potentiellement être évités par des mesures de prévention individuelles et collectives.
Il ne s’agit pas de rechercher la perfection ni de culpabiliser les personnes malades. Chaque diminution d’exposition compte : fumer moins avant d’arrêter, réduire sa consommation d’alcool, marcher davantage ou mieux se protéger du soleil constitue déjà un progrès.
Un cancer colorectal détecté tôt se guérit neuf fois sur dix
Le cancer colorectal touche chaque année plus de 47 000 personnes en France et provoque environ 17 000 décès. Pourtant, lorsqu’il est détecté tôt, il se guérit dans neuf cas sur dix.
À l’inverse, lorsque la maladie est découverte à un stade métastatique, la survie à cinq ans n’est plus que d’environ 14 %.
Entre 50 et 74 ans, en l’absence de symptôme ou de risque particulier, un test de dépistage est proposé tous les deux ans. Il se réalise à domicile, en quelques minutes, à partir d’un prélèvement de selles.
Quelques minutes peuvent ainsi faire la différence entre :
- retirer un polype avant qu’il ne devienne cancéreux ;
- traiter un petit cancer localisé ;
- ou découvrir tardivement une maladie nécessitant des traitements beaucoup plus lourds.
L’hypertension : une maladie silencieuse chez des millions de Français
L’hypertension artérielle ne provoque généralement aucun symptôme. Pourtant, elle augmente le risque d’accident vasculaire cérébral, d’infarctus, d’insuffisance cardiaque, d’insuffisance rénale et de troubles cognitifs.
En France :
- un adulte sur trois est hypertendu ;
- environ 17 millions de personnes sont concernées ;
- un hypertendu sur deux ignore qu’il l’est.
On peut donc se sentir parfaitement bien tout en ayant une pression artérielle trop élevée depuis plusieurs années.
Une simple mesure de tension en consultation, à la pharmacie ou à domicile peut permettre d’identifier le problème. Lorsque l’hypertension est détectée, des mesures adaptées — activité physique, réduction du sel, perte de poids si nécessaire et traitement médicamenteux — permettent de réduire le risque de complications.
Arrêter de fumer produit des bénéfices dès les premières heures
En 2023, plus de 68 000 décès en France étaient encore attribuables au tabagisme, soit environ 11 % de l’ensemble des décès.
Mais il n’est jamais trop tard pour arrêter :
- après vingt minutes, la fréquence cardiaque et la pression artérielle commencent à diminuer ;
- après douze heures, le taux de monoxyde de carbone dans le sang revient à la normale ;
- après quelques semaines, la circulation sanguine et la fonction respiratoire s’améliorent ;
- après un an, le risque de maladie coronarienne est environ deux fois plus faible que chez une personne qui continue de fumer ;
- après dix ans, le risque de cancer du poumon est environ divisé par deux.
Même après plusieurs décennies de tabagisme, l’arrêt reste bénéfique. Un accompagnement par un médecin, un pharmacien, un infirmier ou un tabacologue augmente les chances de réussite.
Bouger régulièrement : un véritable traitement préventif
L’activité physique ne signifie pas nécessairement pratiquer un sport intensif. Marcher rapidement, jardiner, faire du vélo, nager, danser ou monter les escaliers sont déjà des activités utiles.
Les personnes insuffisamment actives présentent un risque de décès prématuré supérieur de 20 à 30 % à celui des personnes suffisamment actives. L’activité physique régulière diminue notamment le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète, de certains cancers, de dépression et de démence.
L’Organisation mondiale de la santé recommande généralement aux adultes de cumuler 150 à 300 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine. Cela peut correspondre, par exemple, à trente minutes de marche rapide cinq jours par semaine.
Il n’est pas nécessaire d’atteindre immédiatement cet objectif. Passer de zéro à dix minutes quotidiennes est déjà préférable à l’inactivité.
Vacciner aujourd’hui pour éviter un cancer plusieurs décennies plus tard
Les papillomavirus humains, ou HPV, sont responsables de cancers du col de l’utérus, mais également de cancers de l’anus, du pénis, de la vulve, du vagin et de la sphère ORL.
La vaccination contre les HPV, recommandée aux filles comme aux garçons, prévient jusqu’à 90 % des infections à HPV à l’origine des cancers.
Associée à un dépistage régulier entre 25 et 65 ans, elle pourrait permettre d’éviter environ 90 % des cancers du col de l’utérus.
La vaccination est particulièrement efficace lorsqu’elle est réalisée avant l’exposition au virus, mais un rattrapage peut également être indiqué chez les jeunes adultes selon les recommandations en vigueur.
Les dépistages permettent d’agir avant les symptômes
Un dépistage s’adresse à des personnes qui ne ressentent rien de particulier. C’est précisément son intérêt : rechercher une maladie au moment où elle est encore petite, localisée ou précédée d’une anomalie précancéreuse.
En France, les principaux dépistages organisés concernent notamment :
- le cancer colorectal, tous les deux ans entre 50 et 74 ans, pour les femmes et les hommes ;
- le cancer du sein, par mammographie tous les deux ans entre 50 et 74 ans chez les femmes sans risque particulier ;
- le cancer du col de l’utérus, entre 25 et 65 ans, selon un calendrier dépendant de l’âge et du test utilisé.
Les programmes de dépistage du cancer du sein permettraient d’éviter entre 15 et 21 % des décès par ce cancer parmi les femmes invitées.
Ces recommandations concernent les personnes sans symptôme et présentant un risque habituel. En présence d’un symptôme, d’un antécédent personnel ou familial, il ne faut pas attendre le prochain dépistage : un avis médical individualisé est nécessaire.

La prévention ne se limite pas aux cancers
Un rendez-vous de prévention peut également permettre de faire le point sur :
- les vaccinations ;
- la tension artérielle ;
- le diabète et le cholestérol ;
- le tabac, l’alcool et les autres consommations ;
- l’alimentation et l’activité physique ;
- le sommeil ;
- la santé mentale ;
- la contraception et la santé sexuelle ;
- la prévention des chutes ;
- la santé bucco-dentaire ;
- les traitements pris au long cours.
Par où commencer ?
La prévention ne nécessite pas de tout changer en une seule fois. Il est préférable de choisir une première action réaliste :
- vérifier ses vaccins ;
- mesurer sa tension ;
- réaliser un test de dépistage reçu à domicile ;
- prendre rendez-vous pour une mammographie ou un prélèvement du col de l’utérus ;
- marcher dix à trente minutes par jour ;
- demander une aide pour arrêter de fumer ;
- parler d’une consommation d’alcool devenue préoccupante ;
- consulter en cas de baisse de moral persistante.
La meilleure action de prévention est celle que l’on réalise réellement.
Parlez-en à votre médecin, votre pharmacien, votre infirmier, votre sage-femme ou aux professionnels de votre maison de santé. Ils pourront vous aider à identifier les actions les plus utiles selon votre âge, vos antécédents et votre situation personnelle.
Sources principales
- Santé publique France : données nationales sur le tabagisme et l’hypertension artérielle.
- Institut national du cancer : prévention des cancers, dépistages et vaccination contre les HPV.
- Organisation mondiale de la santé : activité physique et bénéfices de l’arrêt du tabac.